Cette nuit j'ai essayée de reprendre un rythme et de me coucher avant l'épuisement mais comme à chaque fois que j'essaye ce genre de chose, c'est une paralysie du sommeil qui me réveille 20min après mon coucher.
En ce moment je pense souvent à elle le soir avant de m'endormir, j'essaye de me rappeler son visage le plus précisément possible mais je me suis rendue compte que les seuls visages que j'arrive à retenir sont ceux sur les photos que j'ai développées. J'ai du mal à voire précisement celui de ma mère mais je connais bien celui de ma soeur et aussi celui de mon ex avant les hormones. On a vécus 3 ans ensembles et le seul souvenir claire c'est une photo que j'ai prise et soigneusement tirée en grand sur papier satiné avant qu'on soit ensembles. Je pense que c'est pour ça que la photographie est importante, et plus précisément l'argentique puisqu'elle me force a observer les images quand ça pue l'ammoniaque et le rodinal et que ça gratte entre mes doigts parce que j'ai eu la flemme de mettre des gants.

J'imagine me cacher dans le creux de son cou puis je me dit que porter ce genre d'importance a quelqu'une que je connais si peu c'est pas très sain, mais celles qui connaissent la confrontation physique consentie savent a quel point c'est intime. Surtout quand on essaye de progresser ensembles. Surtout quand elle est suivie de quelques preuves d'affection ou de tendresse.
J'ai ouvert les yeux cette nuit après ce qui me semblait être de longues heures de sommeil pour trouver mon corps immobile couché face au mur la tête qui vibre comme quand je dois lâcher prise au moment de l'anesthésie mais que je reste accrochée à ma conscience dans un effort vain et douloureux et peut-être même légèrement traumatisant. Cette fois je ne suis pas dans un bloc opératoire à sentir l'odeur des éthers halogénés envahir mes voies respiratoires. Cette fois je suis sensée être seule dans mon appartement une pièce et je sent sa présence et la vingtaine de pas qu'elle fais sur le parquet comme si ce bois souple c'était mon crâne et c'est quand je la sent ramasser la couverture par terre que je me rends compte que tout ça c'est faux puisque la couverture elle est serrée entre mes bras et mes jambes dans une forme vaguement réconfortante et que je la sent contre mes cuisses mes biceps et mon ventre. Le pire dans cette situation serait de faire une crise d'angoisse, alors maintenant quand je peux pas bouger ni parler mais que mes yeux sont ouverts j'attends simplement une éternité en me répétant en boucle que c'est normal et que je vais pas rester bloquée, jusqu'à ce que quelques minutes passent et quand je peux enfin bouger, arrive le rituel de me pincer les narines pour voir si j'arrive a respirer. Arriver a respirer avec les narines bouchées c'est très mauvais signe, moi je ne contrôle plus les rêves lucides depuis la fin de mon enfance.